Comme lovée dans un repli du temps oublié des hommes, dans un recoin de l’histoire ignoré par les urgentistes du rien consumériste – quelque part entre le moyen âge japonais et le XXIème siècle mondialisé – Catherine Ludeau occupe un espace, une alcôve de paix, où l’on se sent chez soi sans y avoir été invité.

Tel un volcan sous-marin sublime, matériel et tellurique, l’œuvre de Catherine Ludeau explose en silence. La douleur ici n’est pas dans l’enfantement, mais dans la genèse. Seul un long processus, invisible à l’œil, a pu rendre possible l’éclosion de son travail si abouti, si simplement beau.

Catherine, en vieux sage séculaire qu’elle n’est pourtant pas, fait naître la matière étrange qui contient une finitude évidente, sans appel, où tout est dit, avec le geste pour mot, la quête pour trame. Contempler et se laisser porter par cette ballade au cœur des jardins de son âme mystérieuse, apaisée, guérie d’on ne sait quelle traversée douloureuse, est un bain dont on sort enrichi, reposé, presque neuf.
C’est bien de naissance et de matière qu’il s’agit : la résine ne se laisse jamais totalement apprivoiser, elle détourne l’intention première de l’artiste et laisse place à la surprise, celle que contient toute œuvre dont l’essentiel reste enfoui au ventre du créateur, jusqu’à l’enfantement.

Dès le premier regard, les tableaux de Catherine Ludeau font leur ouvrage d’apaisement, d’émerveillement et l’on désire les avoir auprès de soi pour puiser chaque jour l’énergie sereine qu’ils délivrent. Des tableaux du matin pour un réveil sans heurt, une douce transition entre le monde du sommeil et celui de l’affairement pressé. Des tableaux de pleine lumière à la chaleur desquels on vient chercher réconfort et confiance. Des tableaux de clair-obscur qui invitent à la méditation.

Sous des airs de Yoko Tsuno*, Catherine cache involontairement les clefs de son trésor dont on ne désire d’ailleurs rien connaître pour n’en rien altérer.
Dans son univers d’épure, il semble le temps s’est arrêté,  l’on vit en apesanteur. Le voyageur que nous sommes y rencontre un miroir révélateur qui évoque la réintégration des contraires, le yin et le yang, le tout réunifié, l’équilibre de l’univers, la résine sans le vernis.

Nicolas Lepeu

*l’héroine de bande dessinée japonaise née sous le crayon de Roger Leloup

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